Afrique et élections, vous avez dit fauteuil présidentiel ?

par Sandrine

Un questionnement se pose sur la façon la plus éthique de faire de la politique. Un leadership qui se baserait sur des valeurs solides qui incluront par exemple : le souci du bien commun qui primera sur les intérêts partisans ; l’obligation à une conduite intègre ; la recherche de la paix et de la justice ; le maintien du dialogue en cultivant l’écoute de ceux que l’on dirige, être la voix des sans voix pour secourir les plus faibles ; le respect de la parole donnée et des institutions en résistant à la facilité des calculs mensongers de campagnes électorales ; le respect de l’adversaire sans abuser d’un quelconque pouvoir pour régner par la force et les malversations…

Utopie ou réalité ?

Un problème vrai que l’Afrique subit, ce sont les régimes autoritaires, quasi totalitaires et liberticides qui y règnent sous couvert de ce cher régime que l’on appelle « démocratie ».

°Quand on a un président souhaitant garder un pouvoir coûte que coûte, guidé par ses propres désirs et ceux de son clan.

°Quand 2 mandats ce n’est jamais bien assez, il en faut un 3ème puis un 4ème, etc. puis léguer ce pouvoir à un membre de son propre clan, ainsi de suite, la présidence devient un héritage à l’infini.

°Quand le tribalisme, le régionalisme , le  » villagianisme », pèsent sur l’équilibre et l’unité nationale.

°Quand les élections deviennent des mascarades grossièrement et purement truquées.

°Quand un pays compte des institutions sur mesure à la solde du président de la république.

°Quand une seule personne et son petit groupe concentrent tous les pouvoirs.

°Quand des institutions factices promulguent librement des lois et des décisions illégitimes.

°Quand les caisses de l’état sont la propriété privée de l’homme-président et de son entourage.

°Quand la liberté d’expression est durement réprimée et que le peuple terrorisé a outrageusement peur de penser et de dire.

°Quand les contre-pouvoirs sont intimidés par des arrestations arbitraires et par des assassinats.

°Quand plusieurs membres de l’opposition se retrouvent en exil politique.

°Quand dans l’esprit du peuple « faire la politique » est synonyme de danger réel, vital et immédiat.

°Quand le président se considère tel un superman, saint sauveur et unique force intellectuelle d’une nation de plusieurs millions de têtes.

°Quand le président se justifie à ses soutiens étrangers et se définit comme un despote éclairé «  si je ne fais pas cela le pays s’écroule ».

°Quand ce dirigeant se prend abusivement pour le « petit papa » du peuple , oubliant qu’il est nécessairement au pouvoir pour leur fournir de bons résultats.

°Quand les besoins et les cris du peuple ne parviennent guère à ses oreilles et que le peuple vit son sort en silence.

°Quand le consensus est impossible, parce que l’homme devenu président ne sait plus que le pays ne lui appartient pas à lui seul.

On parle alors de tyrannie, une grave dégénérescence de la démocratie.
Le résultat de ce musellement c’est la violation des droits du citoyen et des libertés individuelles.
« Si tu es avec le pouvoir tant mieux pour toi, tu en bénéficieras.
Si tu en es loin, tant pis pour toi, tu le subiras ».

Pour ne pas avoir de problèmes alors, les populations jouent volontiers aux trois petits singes : « ne pas vouloir voir ce qui pourrait poser problème, ne rien vouloir dire de ce qu’on sait pour ne pas prendre de risque et ne pas vouloir entendre pour pouvoir faire ‘comme si on ne savait pas’. 

Cas de la cote d’ivoire, en bref:

En mai 2020, une déclaration fracassante qualifiée de décision historique par Emmanuel Macron, le président français, disait et je cite :

« Tout au long de ma carrière, j’ai toujours accordé une importance particulière au respect de mes engagements. En conséquence, j’ai décidé de ne pas être candidat en 2020. »

Discours solennel devant le parlement retransmis à la télévision nationale ivoirienne

Mr Alassane Dramane Ouatarra surnommé Ado, 78 ans, actuel Président de la Côte d’Ivoire , se félicitait et annonçait quitter la magistrature, auréolé, en respectant la constitution qui ne lui autorisait que ses deux mandats.

Mais coup de théâtre, cinq mois plutard , en Octobre 2020, on est face à un tout autre schéma, celui tant redouté par les observateurs.

Le président Alassane Ouatarra ne veut plus partir et va briguer un 3ème mandat – vous retrouverez ici son interview dans le journal Le Monde.

Depuis lors, de nombreuses contestations ont éclaté dans tout le pays faisant une quarantaine de morts parmi la population ( une majorité de jeunes civils) dont certains ont été tués par balles.
La colère de l’opposition est palpable devant ce qu’ils qualifient d’ acte anticonstitutionnel.
Les élections sont prévues donc le 31 octobre dans un climat de vives tensions.

Si l’opposition fait de la résistance, ils font face à un homme bien décidé à garder le fauteuil présidentiel et à sortir vainqueur des élections qu’il aura lui-même pris soin d’organiser et comme le dit le slogan de son parti en « 1 coup K.O » .

En attendant, le pays tout entier retient son souffle.

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2 commentaires

J-Claude B. 26 octobre 2020 - 9:50

Je trouve toujours étonnant que le monde s’étonne de cette situation…
Quoi de plus « normal » quand on détient le pouvoir de vouloir le garder ? quand on tient les cordons de la bourse de ne pas vouloir les lâcher et même d’aller y piocher ?
Selon les standards de notre monde, il faut monter au plus haut de l’échelle sociale et s’enrichir pour réussir sa vie… Et vous voudriez que celui qui est tout en haut laisse la place de bon cœur !?
Mettez-vous un instant à sa place : franchement, je ne suis pas certain que le fond de notre coeur soit bien meilleur que celui des dirigeants qui nous répugnent !

Pour que nos cœurs soient changés, il nous faut un autre, un meilleur modèle : le Christ, le Roi éternel, qui accepte de quitter son trône céleste pour pour venir délivrer son peuple : voilà LE modèle à suivre !

« Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait.
En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé.
Si vous savez cela, vous êtes heureux, pourvu que vous le mettiez en pratique.(Jean 13.13-17)
(Bible Segond 21).

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Sandrine 27 octobre 2020 - 4:27

J’aime cette vision que tu as des choses. On ne perd pas le nord, le meilleur modèle nous l’avons en lui, il nous a montré l’exemple.

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